Majorque, entre mer et montagne


Quand on pense Baléares, on imagine surtout le soleil et la plage. Mais à Majorque, il y a aussi le GR 221 au nord, pratiquement d’ouest en est (et vice-versa) qui sillonne des montagnes à plus de 1000 m d’altitude pour offrir une vue superbe sur la Méditerranée. Emmanuel Guet a servi de guide à ses neuf compagnons ravis de cette virée.

Habituellement, c’était 5 voire 6 jours. Cette fois, c’est bien pour 7 jours, du samedi (5 novembre) au samedi (12) que la dizaine de marcheurs a pris les airs en direction du sud. Pour cette virée sur l’île de Majorque aux Baléares, "Manu" Guet, qui, comme à son habitude avait très soigneusement préparé le séjour, était donc accompagné de neuf
marcheurs (pour certains des vrais, pour d’autres, vraiment moins… mais courageux quand même !). Il y avait l’inoxydable François, le robuste Jean-Phi, l’inénarrable "Milo", le souriant Eric, la courageuse Christiane, et les deux traditionnels couples des marches d’automne (Porto, Mercantour, Naples…), les Houot et les Goepfert. Les 10 étaient bien là à Mulhouse pour prendre la voie des airs. Et à Palma aussi pour le débarquement. La première mission était de sortir de l’aéroport avec les deux voitures de location. C’est curieux, mais, cela n’a jamais été une chose simple pour cette équipée-là. Flanqués d’un GPS qui indiquait qu’il fallait faire trois fois le tour des ronds-points, ou s’arrêter en plein milieu de ceux-ci (à moins finalement que ce ne soit les choix incongrus des chauffeurs dont on taira le prénom…), les dix oiseaux arrivaient donc (malgré tout) dans leur premier nid de la semaine. Une auberge de jeunesse fort convenable où les tortillas maison étaient vite avalées. Le repas somme toute copieux, durant lequel il fallut la matière grise de toute l’équipe pour faire fonctionner le micro-ondes, nécessitait bien une petite balade au bord de la mer. Mais Dieu que c’était mort ! Pas grave, les joyeux drilles n’étaient pas venus pour faire la fiesta façon Ibiza (enfin normalement).

Dimanche, p’tit déj’ à 6h et en route pour la région de Banyalbufar, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest. Le temps n’était guère de la partie. Mais la balade, annoncée facile, allait être plus rude que prévue. La pluie avait décidé de sévir. Mais c’est surtout les fortes bourrasques de vent qui étaient impressionnantes, même si elles avaient au moins le mérite de sécher les pélerines quand les dix marcheurs se retrouvaient sur les crêtes. Presque à quatre pattes pour résister au vent. La vue, souvent sur cette petite île sauvage sur laquelle s’abattaient les vagues furieuses, était impressionnante. Le soir, on apprendra qu’à Palma, une mini-tornade a sévi, faisant quelques dégâts en ville. C’est avec un plaisir non dissimulé que la troupe rejoignit en fin d’après-midi son très joli petit hôtel decaractère, Ca mado paula. Sympas les chambres et le cadre. Après une bonne douche chaude régénératrice, l’heure de l’apéro avait sonné. Mais il n’y avait pas beaucoup d’âmes qui vivaient dans Banyalbufar et pire, dans
le seul troquet du village ouvert, le patron, qu’on pourrait appeler un vieux c…, exprimait clairement son antipathie en nous faisant savoir que 10, c’était beaucoup trop dans sa petite guinguette. Alors, après avoir trouvé miraculeusement une mini-épicerie ouverte, l’achat de quelques canettes fit l’affaire. Un peu plus tard, au seul restaurant ouvert du village, l’accueil, le vin et la nourriture de qualité revigoreront tout ce petit monde.

Lundi, le départ de la balade se faisait depuis Esporles. Le vent avait faibli, mais la pluie était toujours présente. Dans les jolies forêts du coin, on oubliait le mauvais temps. Et comme le midi une paella attendait ceux qui le désiraient à la belle petite ville de Valdemossa, la marche n’entamait pas le moral des dix. L’après-midi, l’équipe s’est divisée en deux : le tourisme ne se vit pas forcément de la même façon. C’est ainsi que la moitié de la troupe repartait sillonner le GR221 ; et l’autre s’offrait une balade citadine dans cette ville où les statues de saintes fleurissaient comme des champignons au gré des rues étroites. Le soir le refuge de Can Boi à Deia était la nouvelle destinée. Tout neuf et très confortable comme de nombreux endroits construits récemment pour les marcheurs sur ce GR.

Mardi, la marche devait mener les "compagnons de Manu" au phare qui
domine la ville portuaire de Soller, au refuge de la Muletta. Il fallait bien un phare pour accueillir toutes ces lumières dira un des dix compagnons un peu prétentieux ! Une grande partie de la promenade s’effectuait le long du littoral. Le beau temps arrivait enfin et donnait au paysage des couleurs plus gaies. Plus conviviales en tous les cas que les odeurs dégagées par les chaussures dans lesquelles avaient bien macéré des chaussettes gaugées par la pluie de la veille puis réchauffées par le retour du soleil. Les joueurs de pétanque du coin donnaient des allures vacancières au site. Un apéritif au port enjolivait le tout, même si la route de la plage n’était pas extrêmement accueillante avec les chantiers en cours pour préparer la prochaine saison estivale. Le repas du soir fut à la bonne franquette sur des nappes qui visiblement n’avaient pas vu de machine à laver depuis
quelques semaines ! On dira que c’était exotique pour ne pas faire les
difficiles. C’est que dans la troupe, il y a des marcheurs qui apprécient la propreté. Suivez mon regard…

Mercredi, une marche assez difficile était au programme du jour, pour
rallier le refuge Tossals Verts. Elle sera plus compliquée que prévue ! Mais le soleil était de la partie, les gorges de Biniaraix étaient superbes (après une halte sur la jolie place du vieux Soller). La montée en direction du col de l’Offre se faisait par le chemin des Pèlerins. Il paraît que c’est le plus beau chemin de toutes les Baléares. Et c’est vrai que ces milliers de marches en pavés sont splendides. Les murs de millions de cailloux sont partout dans les montagnes mallorcaines. La vue sur les gorges avec la mer en toile de fond vaut l’effort. Jusqu’au col de l’Offre, situé à 1091 m d’altitude les 10 marcheurs « baumois » démontraient de réelles aptitudes de sportifs. Le pique-nique était dévoré au sommet. Mais il y avait un petit sommet, un peu plus haut, qui résonnait comme une tentation pour « Manu » que chacun suivait un peu plus tard, sans avoir vraiment le choix. On avait marché mieux que prévu, alors on pouvait bien gravir une centaine de mètres plus haut. Ce qui fut fait. C’est vrai que là-haut, c’était encore plus beau et de là on voyait, avec fierté, d’où on était parti 6 heures plus tôt. Impressionnant. Bon, c’était le moment de rentrer. Mais plutôt par la crête que par la vallée. Soit, mais d’aucuns commençaient à grommeler,
d’autant que la crête était interminable. Et à un moment, appelons un chat, un chat, la troupe était un peu perdue ! Qu’à cela ne tienne, cela
permettait de découvrir là, juste devant, sur le chemin, un agneau né
depuis quelques minutes tout au plus. C’est que des brebis et des chèvres, il y en a un peu partout dans ce coin. Oui, mais ce GR, il était où, nom d’une pipe ? Et je suis poli. A force d’études sur la carte, et après avoir franchi des chemins bien escarpés, voire dangereux (occasionnant quelques cabrioles et autres torsions de chevilles), en passant même par une via ferrata, tout le monde arrivait enfin à bon port 11 bonnes heures après avoir quitté la base. La nuit était déjà en partie tombée. Oui, c’est vrai, là, celui qui écrit ces quelques lignes a un peu détesté son guide préféré (pas le choix !). Et a boudé une partie de la journée suivante…

Jeudi, forcément, le programme était moins chargé même si l’équipe devait monter au point culminant de son séjour : Massanella (1364 m). Là encore, le spectacle était fort joli. Mais il y avait encore ce sommet un peu plus haut qu’une partie des marcheurs francs-comtois décidaient de gravir pour voir à peu près toute la chaîne montagneuse de l’île. Encore une fois, les quelques gouttes supplémentaires de sueur valaient ce panorama à 360 degrés. Après quoi, il restait une longue, longue descente vers le monastère de Lluc, haut lieu de tourisme de l’île. Magnifique et gigantesque ce monastère où le repas ne fut pris qu’après un apéro pour le moins solide, les pistaches, cacahuètes et autres olives du coin permettant largement de compenser les calories perdues en chemin. Et comme le repas était extrêmement copieux avec une soupe d’enfer notamment, c’est le ventre plein que l’équipe rejoignait ses pénates à travers les très longs
couloirs de l’imposant monastère.
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Vendredi, les deux voitures, de bon matin, allaient sur la route qui menait à Torrent de Pareis. Il fallait passer par un col qui ne montait pas très haut (700 mètres) mais dont les serpentins à travers les collines étaient du plus bel effet. C’est là qu’on comprenait mieux pourquoi de nombreux stages mondiaux de vélo ont lieu sur cette île. Un régal pour les cyclistes. Et à propos de régal, la vue à laquelle l’équipe allait avoir droit en bas de ce col était tout simplement idyllique. Une crique fermée bleu turquoise, dans laquelle un torrent de montagne venait se jeter, conférait au lieu des idées de paradis sur terre. Après avoir mitraillé le site de prises de photos, l’équipe s’en allait pour sa dernière balade de la semaine. Pas la moins jolie. Le long des falaises, certains trouvaient que le lieu ressemblait au sentier des dieux sur lequel ils avaient marché trois ans plus tôt le long de la côte amalfitaine, près de Naples. Un pique-nique sur les rochers surplombant la mer, puis un vrai jus d’oranges pressées par le paysan du coin achevait cette ultime tronçon bien agréable. Il ne restait plus qu’à regagner alors le refuge de Muletta, là où il y a le fameux phare qui domine le port de Soller (pour voir si tout le monde suit…). La troupe connaissait déjà le lieu et les nappes avaient été lavées ! C’était le moment de savourer la dernière soirée à regarder le reflet de la lune fendre la mer.

Samedi, la visite de la vieille ville de Palma était au programme. Le
marché avec ses jambons de toutes sortes, ses poissons magnifiques, ses fruits par milliers parfois inconnus attiraient tout le monde. Les boutiques d’artistes peintres ou les échoppes d’habits et chaussures dernier cri étaient partout (et chez Desigual, on offrait même une caipirinha aux clients !). La cathédrale était grandiose (la deuxième plus grande d’Espagne après celle de Séville). Et le repas de midi à base de succulent tapas en tout genre avec une monumentale sangria avait parfaitement égayé cette belle journée au coeur de Palma. Il faisait 26 degrés à l’ombre vers 17h. Cinq heures plus tard à l’aéroport de Bâle, le thermomètre peinait à passer les 4 degrés !

Yvan, le terrible.

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