Notre Mont blanc


Depuis trois ou quatre ans, Manu m’avait promis de m’accompagner pour faire l’ascension du Mont Blanc mais entre les problèmes de réservation, de météo et nos disponibilités, cela n’était pas évident.
Enfin cette année, le créneau choisi longtemps à l’avance s’avère être le bon, le week-end du 15/08/13. Odile vient se joindre à nous pour ce projet et pendant quelques mois, nous centrons l’un et l’autre notre activité sur l’acclimatation à l’altitude pour enfin être prêts pour ce 15 août.
La météo s’annonce prometteuse, les réservations ont été réalisées à temps, reste à nous mettre à l’oeuvre. Pour garantir nos chances d’arriver au sommet, nous avons décidé de faire l’ascension en trois étapes : Le Nid d’Aigle – Tête Rousse – Le Goûter – Le Mont Blanc et nous passerons une partie de la journée du 14/08 à l’aiguille du Midi (3 842m).

Pour le lendemain, 15/08, le rendez-vous est pris devant la gare du TMB au Fayet pour le train de 9h30 que nous avions réservé …supprimé au dernier moment….Est-ce un présage ?
Pendant ce temps, Manu et ses trois compagnons Pilou, Rodolphe et Jocelyn se lancent sur la route pour prendre le téléphérique de l’aiguille du Midi et se rendre au refuge des Cosmiques pour rejoindre le nouveau refuge du Goûter via les 3 monts.
Odile et moi, avons tranquillement pris le train suivant pour arriver au Nid d’Aigle et attaquons la montée pour le refuge de Tête Rousse, montée sans problème ni difficulté avec une pause à la baraque des Rognes d’où Christian, venu accompagner Odile un bout de chemin, repartira prendre le TMB.
Nous arrivons au refuge vers 15h et prenons possession de nos lits pour une petite sieste. Le reste de l’après-midi se passe à admirer l’environnement et surtout à scruter la face de l’aiguille du Goûter où nous cherchons à repérer la voie permettant d’en atteindre le sommet. Spectacle grandiose et effrayant à la fois : de nombreuses pierres descendent le Grand Couloir surnommé « Couloir de la mort » et coupent le sentier emprunté par les nombreux alpinistes qui le traversent au pas de course…nous demain…. après un bon repas et une nuit paisible…

Le 16/08, lever à 6h30, petit-déjeuner à 7h et départ pour le refuge du Goûter vers 8h, départ pour le Couloir de la mort ! En fait pas de chutes de pierres à cette heure matinale car il gèle encore…
Nous abordons le plus difficile de l’ascension, nous progressons tranquillement, souvent à quatre pattes ! Nous commençons à croiser des alpinistes descendant du Mont Blanc, leur tête à tous et leurs yeux nous font augurer le pire…Nous arrivons au nouveau refuge du Goûter vers 11h, nous prenons possession de nos places en attendant l’équipe partie des Cosmiques faire les trois Monts
pour nous rejoindre. Manu et Rodolphe arrivent vers 14h, Pilou et Jocelyn un peu plus tard car ils ont eu une petite envie supplémentaire, ajouter le Mont Blanc de Courmayeur aux trois autres, excusez du peu !…Jocelyn est rayonnant de joie d’avoir réalisé une si belle course mais ses genoux ne sont pas du même avis… Repos pour tout le monde le reste de l’après-midi.
Dans la soirée, le temps se couvre, il y a risque d’orage dans la nuit…et puis les nuages passent…

Et c’est sous un ciel étoilé que nous démarrons la dernière partie de « notre Mont Blanc », le 17/08. Lever à 2h, petit-déjeuner puis départ encordé à 2h50, cette fois Manu en tête, Pierre B. et Odile.
Les trois autres lascars font la grasse mat. avant de redescendre à Chamonix.
L’ascension continue, Manu donne le rythme, parfaitement adapté à nos capacités, ce qui fait que nous supportons bien l’altitude. Petit arrêt au refuge Vallot pour grignoter et s’habiller car le froid est de plus en plus vif et le vent souffle un peu. Puis la montée reprend, les premières lueurs de l’aube apparaissent dans un dégradé de couleurs allant du bleu nuit à l’oranger le plus vif en passant par le jaune. Et enfin le lever du soleil…majestueux !
La montée continue, nous passons l’arête des Bosses que j’imaginais différemment, ne les ayant jamais faites. Je les comparerais maintenant aux Dômes de Miage connus quelques temps auparavant. Nous marchons sur une arête assez effilée pour enfin arriver au sommet de l’Europe, à 7h, dans une ambiance de lumière jaune d’un soleil à peine levé.
Congratulations, émotions, photos, admiration….tout y passe !

JPEGPuis, il le faut bien, redescente sur terre après un moment inoubliable passé au-dessus des nuages
qui par endroits emplissent les plaines, ne laissant dépasser que des sommets ! Sommets…que nous ferons peut-être (hein Manu ?). La descente est ce que nous redoutions également : partie neige, pas de problème mais dès l’attaque de l’aiguille du Goûter dans l’autre sens, la tension monte d’un cran. Concentration maximum, prudence est le maître mot : nous longeons un moment le Grand Couloir où très régulièrement des pierres dégringolent, ce qui ne nous fait pas rire. Au moment de le traverser, l’un après l’autre, petite appréhension, écoute attentive des bruits venant de plus haut, puis course pour aller de l’autre côté. J’étais le dernier, quelques secondes après mon passage, devinez… ?

Et la descente continue avec un arrêt à la cabane installée au bout du petit glacier de Tête Rousse.
Là, nous apprenons qu’il y a un train au départ du Nid d’Aigle à 14h55 et le suivant à 16h10.
Il est 14h17, nous pensons que nous n’aurons pas le premier et nous reprenons la descente. Les jambes ont du mal à suivre, il commence à faire chaud. Passage de la cabane des Rognes à 14h30…la gare n’est plus très loin, nous pensons sans nous le dire que peut-être…
Cela devient une course contre la montre, depuis bien longtemps je n’avais pas marché ou couru aussi vite. Manu s’engage le premier pour prendre son billet, Odile et moi, avons déjà le nôtre, et tous les trois, fourbus et heureux, nous montons dans le train et nous affalons par terre avec nos sacs, il est 14h53…Ouf !…Oubli du train de 16h10 ! Nous savourons la descente ; dans la tête de magnifiques images, dans les yeux une lueur de bonheur et dans les jambes de sacrées douleurs… Merci Manu !

Odile et Pierre


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